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La petite communiste qui ne souriait jamais – Lola Lafon

Hauntya 21 février 2014 La petite communiste qui ne souriait jamais – Lola Lafon2014-02-21T14:21:41+02:00 3 Comments

Pourquoi ce livre ? Il fait aussi partie de la série des dix titres que j’ai à lire pour le Prix du roman étudiant. 🙂

La petite communiste qui ne souriait jamais

Parce qu’elle est fascinée par le destin de la miraculeuse petite gymnaste roumaine de quatorze ans apparue aux JO de Montréal en 1976 pour mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records au point d’accéder au statut de mythe planétaire, la narratrice de ce roman entreprend de raconter ce qu’elle imagine de l’expérience que vécut cette prodigieuse fillette, symbole d’une Europe révolue, venue, par la seule pureté de ses gestes, incarner aux yeux désabusés du monde le rêve d’une enfance éternelle.
Mais quelle version retenir du parcours de cette petite communiste qui ne souriait jamais et qui voltigea, d’Est en Ouest, devant ses juges, sportifs, politiques ou médiatiques, entre adoration des foules et manipulations étatiques ? Mimétique de l’audace féerique des figures jadis tracées au ciel de la compétition par une simple enfant, le roman-acrobate de Lola Lafon, plus proche de la légende d’Icare que de la mythologie des « dieux du stade », rend l’hommage d’une fiction inspirée à celle-là, qui, d’un coup de pied à la lune, a ravagé le chemin rétréci qu’on réserve aux petites filles, ces petites filles de l’été 1976 qui, grâce à elle, ont rêvé de s’élancer dans le vide, les abdos serrés et la peau nue.

J’aime beaucoup les titres d’Actes Sud, ils font souvent dans l’originalité. Ce titre ne fait pas exception à la règle, je dois le dire ! De quoi donner un peu plus de chance au livre dont le sujet, à la base, ne m’attirait pas spécialement.

Mais Lola Lafon ne fait pas que retracer le parcours historique et sportif de la gymnaste Nadia Comenaci, même si c’est son sujet principal. Elle dresse aussi une description de la Roumanie de l’époque, des pays autour, et une certaine critique sur la société, sur nos points de vue.

On ne s’attache que peu à l’héroïne, Nadia, dont on trouve ici une biographie assez fidèle et documentée. Le propos n’est en fait pas là, car les descriptions que l’auteur en fait restent plutôt objectives et neutres. Cependant, on suit avec intérêt son parcours, son évolution, sa maturation en tant qu’athlète et en tant que femme ; comment elle a rayonné et a été une idole pour la Roumanie, jusqu’à, l’âge aidant, elle finisse plus ou moins en déchéance et finisse par trouver refuge aux Etats-Unis quand le communisme tombe. C’est aussi là une réflexion amère sur comment les carrières sportives et les images médiatisées deviennent noires et dégradées que les sujets prennent de l’âge ou ne se conforment plus à l’image première. Nadia souffre de son évolution en tant que femme (comprenez par là que le corps-enfant parfait pour les compétitions subit des ravages à la puberté et transformation en adulte) et ne retrouvera jamais l’éclat du jour de 1976 où elle a marqué l’Histoire. Le problème vient de la grande sécheresse et de l’apparente absence de morale de la femme ; elle semble très mécanique et rarement éprouver des sentiments personnels. C’est sans doute le parti pris de l’auteur.

Quant à la Roumanie, on en voit une description de l’intérieur, par le récit qu’en fait la narratrice en construisant la biographie sur Nadia Comenaci, et quelques extraits d’une autobiographie faite par la sportive elle-même il y a dix ans. De quoi décrire une Roumanie qu’on ne connaît pas forcément ; avec un régime dur, certes, répressif, mais qui aussi offrait les mêmes chances à tout le monde, où « on pouvait être heureux », où le reste du monde apparaissait du coup merveilleux quand on y allait, mais on retrouvait alors le pays aussi comme une sorte de refuge contre la démesure.

Enfin, le choix de narration est intéressant : on a de courts chapitres, alternées et séparées par des « reports » de conversation téléphoniques imaginaires entre la narratrice écrivant la biographie et soumettant son texte au regard de Nadia, qui commente alors plus ou moins en rapport avec ce qui est écrit. C’est ce contraste entre une Française (supposons que la narratrice est un avatar de l’auteur…) et le vécu d’une Roumaine qui apparaît, car elles ne sont pas d’accord sur l’Histoire et n’en ont pas le même point de vue. Et de quoi permettre aussi des remarques acerbes de la sportive, rappelant qu’aucun régime n’est pire qu’un autre, et que ce qui paraît mieux dans notre démocratie avait aussi son équivalent. « En Roumanie tout le monde gagnait la même chose, tout le monde pouvait aller au cinéma, au théâtre, à l’opéra, avoir une chance, malgré la censure et la répression. C’est mieux, votre pays où les plus pauvres et les plus isolés n’ont aucun accès à la culture ? » C’est ce genre d’idées qui circulent.

J’aime particulièrement ce concept parce qu’il nous fait réfléchir, mais rappelle, surtout aujourd’hui, avec la folie de la médiatisation et des réseaux sociaux, comment tout le monde donne son point de vue sans jamais être ouvert à la conversation ni même écouter les autres ; une vraie plaie. Ce n’est pas qu’on est intolérant, c’est qu’au final peu importe ce que dira l’autre, on ne l’entendra que d’une oreille tout en défendant son avis personnel/bien-pensant/moral/normatif (barrez la mention inutile) parce que bien entendu, on sait mieux tout que tout le monde.

Quelques citations :

« Ah oui, bien entendu ! Les Roumains vendaient le communisme. En revanche, les athlètes français ou américains, aujourd’hui, ne représentent aucun système, n’est-ce pas. Aucune marque ! « 

« Chez nous, on n’avait rien à désirer. Et chez vous, on est constamment sommés de désirer. »

Un livre qui ne plaira pas à tout le monde, mais très intéressant et bien écrit, qui mérite les bons échos qu’on entend de lui dans les critiques littéraires ou de presse.

Seul bémol : j’ai vraiment du mal avec les bouquins de Actes Sud qui ont une couverture aussi fine, plus petite que la normale dans le sens de la largeur. C’est agréable à la vue, mais pas quand on l’a en main…

Roman français à nuance de biographie romancée.
Editions : Actes Sud.
Parution originale :
2014
Disponibilité :
en librairie (21 euros)
317 pages.

EAN : 
9782330027285

Lectures en cours :  Les renards pâles de Yannick Haenel.

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Actes Sud, Biographie, Littérature française, Lola Lafon, Nadia Comaneci, roman français, Roumanie

A propos de l'auteur : Hauntya

Diplômée en métiers du livre et en digital humanities, elle adore la littérature depuis son enfance. Spécialiste des livres de bibliothèques rendus en retard, ses lectures sont variées même si elle affectionne particulièrement les classiques et les romans du XIXe siècle, avec un chocolat chaud ou un thé. Elle ne demande qu'à ce que les livres la fassent rêver mais aussi réfléchir. Blog personnel : http://hauntya.wordpress.com
Hauntya a écrit 40 articles sur Lamalleauxlivres.com.

3 Commentaires Already

  1. Christine Juillet - février 21st, 2014 at 18 h 34 min none Comment author #469 on La petite communiste qui ne souriait jamais – Lola Lafon by LA MALLE AUX LIVRES

    ENCORE UN LIVRE QUI A L’AIR SI BIEN ! *spoil*

    Répondre
    • Hauntya - février 24th, 2014 at 1 h 12 min none Comment author #500 on La petite communiste qui ne souriait jamais – Lola Lafon by LA MALLE AUX LIVRES

      Je le recommande, en effet, et je pense qu’il te plaira ^^

      Répondre
  2. Cassandre / Casscrouton - février 7th, 2016 at 15 h 30 min none Comment author #114976 on La petite communiste qui ne souriait jamais – Lola Lafon by LA MALLE AUX LIVRES

    C’est un livre qui me tente beaucoup depuis quelques temps, ton avis me conforte dans l’idée de le lire ! Et je suis d’accord pour ce format, très beau visuellement, mais pas très pratique en main. 🙂

    Répondre

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« Reflets dans un oeil d’homme – Nancy Huston
Syngue Sabour – Atiq Rahimi »

Passionnée de lecture depuis l’enfance, elle partage depuis 2013 ses découvertes littéraires sur La Malle Aux Livres. Entre romances, romantasy, cosy fantasy et cosy mystery, elle aime se laisser surprendre par des histoires qui font voyager, rêver ou ressentir de nouvelles émotions. Lectrice curieuse et toujours en quête de nouvelles pépites, elle adore flâner dans les librairies, remplir sa pile à lire et savourer un roman accompagné d’un bon chocolat chaud ou thé. À travers son blog et ses réseaux sociaux, elle partage ses coups de cœur, ses avis et son amour des livres.

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Forcément, on a tous envie d’être choisis ! Mais cette période peut aussi apporter son lot de déceptions, de doutes et de comparaisons.

J’avais envie de prendre un petit moment pour en parler, parce que je pense qu’il est important de garder les pieds sur terre et de ne pas oublier pourquoi on est là à la base.

Moi aussi, je candidate cette année. Est-ce que je serai retenue ? Probablement pas pour 95 % des partenariats auxquels je postule ! 😂 Mais sur un malentendu, on ne sait jamais !

Et si je ne suis pas retenue, ce n’est pas grave. Bien sûr, on aurait préféré que ça fonctionne, mais un refus ne remet pas en question tout ce qu’on fait. Alors, on prend un peu de recul, on relativise et on continue notre petit bonhomme de chemin !

Soyons heureux pour ceux qui sont choisis, gardons en tête que les partenariats ne font pas tout et surtout, restons bienveillants les uns envers les autres. ❤️
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Je suis toujours autant sous le charme de cet univers aussi magique que féerique. Je suis très attachée au personnage de Lucie, qui découvre encore les différentes facettes de son métier de bergère. Ici, elle va faire la rencontre d’une autre bergère qui va lui venir en aide. Les fées de Lucie vont donc faire la connaissance d’autres fées, mais aussi d’un roi. Il y aura quelques tensions, mais je me retiens de vous en dire trop.

Nous avons aussi, évidemment, Achille, qui ne souffre plus d’aucune malédiction et qui ne sait pas vraiment ce qu’il veut. Veut-il être chasseur ? Berger ? Il est un peu perdu, mais pas si méchant que ça. Il cherche surtout à comprendre et à se retrouver. Bon, il est loin d’être parfait et j’espère quand même qu’il ne nous prépare pas un mauvais coup.

En ce qui concerne Lucie et Marigold, elles essaient chacune de trouver un équilibre dans un rôle qui leur est totalement nouveau. Pas simple du tout, mais elles sont persévérantes. Nous allons aussi rencontrer la mère de Lucie qui est, je pense, pire que son oncle et sa tante. C’est quelqu’un de vil et qui m’a fait peur très vite, car rien ne semble pouvoir l’arrêter.

( suite dans le premier commentaire)
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